Image extraite de l'exposition What were you wearing qui expose les vêtements que portaient des victimes au moment de leur viol
Attention : cet article utilise un langage très binaire qui ne reflète pas ma pensée, mais hélas les études sur les violences sexuelles en France ne prennent en compte que le sexe biologique des individus et laissent ainsi de côté toutes les personnes non binaires ou agenres. Je m'excuse par avance de la binarité de mon propos.
Un article récent publié par Europe 1 et massivement diffusé sur les réseaux sociaux entraîne un déferlement de propos racistes : cet article semble "montrer" que les étrangers seraient majoritairement responsables des agressions sexuelles. L'article titre en effet "Les étrangers à l’origine de 77% des viols élucidés dans les rues de Paris en 2023", mais il est très vite résumé comme "les étrangers à l'origine de 77% des viols"
déjà, que penser de ces chiffres ?
Les chiffres d'Europe 1 se basent uniquement sur 30 des 97 viols rapportés dans les rues de Paris en 2023. Il n'est pas difficile de voir qu'une étude basée sur 30 cas ne peut en aucun cas représenter la réalité, mais cela va encore plus loin : il ne s'agit que de Paris, des viols rapportés et se déroulant dans les rues.
Paris n'est absolument pas représentative du reste de la France puisque les populations étrangères y sont surreprésentées : d'après le site officiel de la ville de Paris près d'un parisien sur cinq est un étranger (20%), mais ils ne représentent que 7,8% de la population française au total (d'après l'INSEE). Paris est donc un cas à part du reste de la France concernant l'importance de la population étrangère, il est donc mathématiquement cohérent qu'un plus grand nombre de délits / crimes soient commis par des étrangers à Paris, puisqu'ils y sont plus nombreux.
Ensuite, les 97 viols sur lesquels se base l'étude sont uniquement les viols "connus", autrement dit les viols qui ont mené à une plainte auprès de la police. Or en 2021 une étude du ministère de l'intérieur révélait que seules 5% des victimes de violences sexuelles avaient porté plainte ; autrement dit, les 97 viols concernés par l'étude représentent une minorité des viols commis. En effet, plus d'une victime sur quatre estime que porter plainte est inutile, parce qu'elles estiment que les faits ne sont pas assez graves et ne seront donc pas pris au sérieux, ou parce que la plainte n'aboutirait de toute façon pas. Ces craintes semblent corroborées par les chiffres : d'après le Haut conseil à l'égalité Hommes Femmes, en 2023 plus de 80% des plaintes déposées pour violence sexuelle ont été classées sans suite. Un article entier serait nécessaire pour expliquer les raisons de ces chiffres, mais pour le moment revenons à notre étude sur les étrangers ; puisque l'étude ne s'intéresse qu'aux viols connus, elle se base statistiquement sur une très faible minorité des viols commis. Mais en réalité ce ne sont que sur les 30 viols élucidés que se base cette statistique des 77%, ce qui réduit encore la portée de l'étude. On pourrait se dire cependant que le pourcentage d'étrangers doit être constant entre les viols connus et ceux qui n'ont pas mené à une plainte, donc que ce 77% resterait cohérent, mais c'est oublier un fait d'une importance majeure : l'étude se base sur les viols commis dans la rue. Et oui, cela change beaucoup de choses.
Dans un rapport rendu le 22 février 2018 par Marie-Pierre Rixain et la députée Sophie Auconie on apprend que parmi les victimes de viols déclarées en 2017, 91% connaissaient leur agresseur, et même qu'il s'agissait du conjoint ou de l'ex conjoint dans 45% des cas. On est bien loin des 77% d'étrangers, alors comment expliquer cette différence ? L'étude d'Europe 1 se base sur les viols commis dans la rue, qui représentent une infime minorité des viols commis en France : lorsqu'on imagine à quoi ressemble un viol, c'est un inconnu qui agresse une femme dans une ruelle sombre, rarement un mari qui force sa conjointe à remplir son "devoir conjugal". Même si les étrangers semblent surreprésentés dans ces viols commis en pleine rue, en se basant sur ce rapport on n'étudie ici que 9% des plaintes déposées, donc environ 0,45% des viols commis (puisqu'environ 5% des victimes portent plainte). Donc en utilisant tous ces chiffres, les étrangers représentent 77% des violeurs sur 0,45% des viols, autrement ils représentent donc 0,003465% des violeurs, alors qu'ils représentent 20% des parisiens.
Dans un rapport rendu le 22 février 2018 par Marie-Pierre Rixain et la députée Sophie Auconie on apprend que parmi les victimes de viols déclarées en 2017, 91% connaissaient leur agresseur, et même qu'il s'agissait du conjoint ou de l'ex conjoint dans 45% des cas. On est bien loin des 77% d'étrangers, alors comment expliquer cette différence ? L'étude d'Europe 1 se base sur les viols commis dans la rue, qui représentent une infime minorité des viols commis en France : lorsqu'on imagine à quoi ressemble un viol, c'est un inconnu qui agresse une femme dans une ruelle sombre, rarement un mari qui force sa conjointe à remplir son "devoir conjugal". Même si les étrangers semblent surreprésentés dans ces viols commis en pleine rue, en se basant sur ce rapport on n'étudie ici que 9% des plaintes déposées, donc environ 0,45% des viols commis (puisqu'environ 5% des victimes portent plainte). Donc en utilisant tous ces chiffres, les étrangers représentent 77% des violeurs sur 0,45% des viols, autrement ils représentent donc 0,003465% des violeurs, alors qu'ils représentent 20% des parisiens.
Bon, après cet instant mathématiques, revenons un peu sur terre. Oui, le calcul fait plus haut n'a que peu de sens sociologiquement parlant, puisque des étrangers peuvent tout à fait faire partie des violeurs dont les actes n'ont pas fait l'objet d'une plainte, ou des violeurs connus de leur victime. L'objectif n'est pas de dire que les étrangers violent moins que les Français, mais de rappeler qu'en ne considérant qu'une infime partie du problème on peut faire dire absolument ce qu'on veut aux chiffres. Non, les étrangers ne violent pas plus que les Français, tout comme ils ne violent pas moins. Les violences sexuelles ont toujours existé dans nos sociétés humaines, elles n'ont pas attendu la mondialisation ou les mouvements de population. Le viol est un instrument de domination, par exemple très souvent utilisé comme arme de guerre pour terrifier les populations, encore de nos jours. Il n'a pas besoin de nationalité, d'origine ou de frontières pour exister.
Mais alors, qui sont les violeurs ?
D'après les chiffres de l'INSEE sur les viols et agressions sexuelles hors du cadre familial, 98% des mis en cause pour violences sexuelles sont des hommes, et 87% des victimes sont des femmes. Encore une fois ces chiffres sont incomplets (ne prenant pas en compte les situations d'inceste par exemple) mais ils permettent de visualiser une tendance dans laquelle les violeurs sont majoritairement des hommes.
Attention : il ne s'agit pas ici de discréditer les hommes victimes de violences sexuelles ou de dédouaner les femmes qui se rendent coupables de ces violences. Si vous pensez avoir été victime d'une violence sexuelle vous pouvez contacter le 08 842 846 37 qui s'adresse aux victimes d'infractions, ou le 0800 05 95 95 destiné aux victimes de viol. Si vous êtes dans une situation d'urgence contactez immédiatement le 17, et si vous avez besoin d'aide n'hésitez pas à contacter un professionnel de santé qui pourra vous accompagner dans la guérison de ces événements traumatiques.
Dans la quasi-totalité des cas, les violeurs sont des hommes, sans distinction de nationalité, origine, âge ou milieu social. La plupart des violences sexuelles sur mineures sont commises par des mineurs (33% des mis en cause pour violences sexuelles sur mineurs avaient moins de 15 ans), ce qui montre l'importance de la prévention des violences sexuelles dès l'enfance. Le nombre de témoignages concernant des hommes célèbres, notamment dans les milieux artistiques (Polanski, Depardieu, Roméo Elvis...) montre bien que la richesse ou la célébrité n'empêche pas de violer, au contraire : dans les témoignages de victimes on retrouve souvent la notion de pouvoir recherchée par l'agresseur, et la richesse ou la célébrité augmente parfois cette sensation d'impunité. Ce n'est d'ailleurs pas qu'une sensation : l'impunité des agresseurs est réelle, d'autant plus lorsqu'il s'agit de célébrités (comme le montrent tous ces artistes accusés qui continuent de faire des films ou des salles complètes, et qui sont même nominés et récompensés).
Mais pourquoi est-ce si intéressant de s'attaquer aux étrangers ?
Déjà, il s'agit d'un argument politique au service d'une idéologie raciste. Il est plus facile de justifier une politique anti immigration ou raciste si l'on parvient à faire croire que les étrangers sont responsables de violences, et encore plus des violences faites aux femmes. Le viol devient un argument marketing, ce qui, en plus d'instrumentaliser la souffrance des victimes, sert à justifier une autre discrimination, le racisme.
Mais au-delà de l'argument politique, on retrouve aussi une volonté de se défaire du problème. Il est plus facile de considérer que le problème vient des étrangers, des "autres", plutôt que de comprendre qu'il s'agit d'un problème systémique qui concerne l'ensemble du groupe social des hommes. On entend souvent que les hommes qui violent ne sont pas des hommes, ou qu'ils sont "tarés" : ce ne sont là que des stratégies pour rejeter le problème hors de soi sans se remettre en question.
Même si un homme considère qu'il n'a jamais au grand jamais commis de violence sexuelle, qu'en est-il de l'ensemble de ses amis ? de ses collègues ? de sa famille ? Il est assez étrange de voir que nous connaissons toustes au moins une victime de violences sexuelles dans notre entourage, mais aucun agresseur... On entend souvent les hommes qui se proclament féministes dire qu'ils ne font pas partie du problème, mais refuser de croire une victime lorsqu'elle accuse un de leur pote, ou la traiter de menteuse lorsqu'elle les accuse eux. Il est important de comprendre qu'on peut avoir commis une violence sexuelle sans le réaliser : pousser sa copine épuisée à un rapport non consenti, toucher une partenaire dans son sommeil, faire céder une femme en insistant... Si quelqu'un vient vous parler d'un acte que vous auriez commis que cette personne aurait considéré comme un viol, il est normal de se sentir agressé, mais il est de votre devoir de ne pas être agressif. Il faut écouter, essayer de comprendre, et certainement pas essayer de persuader la victime qu'elle a rêvé ou qu'elle est folle. Oui, c'est extrêmement désagréable qu'on nous désigne comme un agresseur, mais c'est encore plus désagréable d'être agressé.e. Il faut mettre son ego de côté et se montrer empathique, s'excuser, proposer des solutions (porter plainte ensemble, proposer à la victime de voir un thérapeute...). Et même si vous êtes complètement clean, que vous n'avez jamais commis ce genre d'acte, même sans le réaliser, vous faites quand même partie du problème, car vous profitez d'un système patriarcal qui oppresse les femmes au quotidien. Cela ne fait pas de vous de mauvaises personnes, puisque vous n'y pouvez pas grand-chose, en revanche refuser de prendre conscience de ce système fait de vous un oppresseur.
Je ne dis pas que c'est facile à faire, loin de là. Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la lutte anti raciste (en tant que femme blanche) je me sentais constamment agressée par les militants racisés qui parlaient "des blancs", car je considérais que je ne faisais pas partie du problème... mais c'était faux. En tant que personne blanche, je profite d'une société raciste qui m'avantage constamment malgré mes efforts pour lutter contre ce système ; cela ne fait pas de moi une mauvaise personne, mais il est important que j'en prenne conscience pour essayer de limiter mes biais racistes.
Alors comment faire, en tant qu'homme, pour lutter contre ce système ? Je vous conseille l'article sur la notion d'allié, qui pourra vous apporter des réponses, mais voilà quelques pistes : s'informer sur la lutte féministe et les violences sexistes et sexuelles, écouter les femmes de son entourage lorsqu'elles parlent des violences qu'elles ont subies, sans chercher à se justifier ou à les faire taire, ne pas s'offusquer lorsqu'une femme parle "des hommes" (voir l'article sur le not all men), donner la parole aux féministes sans parler à leur place, reprendre ses potes dans son entourage lorsque l'un d'entre eux fait un commentaire sexiste ou misogyne, croire les victimes lorsqu'elles dénoncent les violences qu'elles ont subies même si l'on connaît le mis en cause... La lutte contre les violences sexuelles nous concernent toustes, peu importe notre genre, notre nationalité, notre origine, notre âge... Il est important de prendre conscience du problème comme étant sociétal et systémique, et de le combattre ensemble tel qu'il est.
Sources
- « INFO EUROPE 1 – Les étrangers à l’origine de 77% des viols élucidés dans les rues de Paris en 2023 ». Europe 1, 18 avril 2024
- Agir pour l’intégration, ville de Paris
- L’essentiel sur... les immigrés et les étrangers | Insee
- « 80 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite ». www.20minutes.fr, 11 septembre 2023
- Viols et agressions sexuelles hors cadre familial − Sécurité et société | Insee
- « Viols : plus de neuf victimes sur dix connaissaient leur agresseur ». Le Monde.fr, 27 octobre 2018. Le Monde