"De toute façon les féministes détestent les hommes, la misandrie c'est clairement du sexisme inversé, c'est la même chose qu'être misogyne"
Eh bien... Non, ces deux concepts ne sont clairement pas comparables. Pourtant le dictionnaire Le Robert le dit bien : "misandrie: Le fait d'éprouver de l'aversion pour les personnes de sexe masculin (opposé à misogynie).".
Petite définition de la misandrie
Depuis quelques années, on entend beaucoup parler de la misandrie. Ce terme fait son apparition dans les années 70, mais refait surface dans les média, notamment à la suite des livres Pauline Harmange (Moi les hommes, je les déteste) et Alice Coffin (Le génie lesbien).
Contrairement à ce que la définition du dictionnaire laisse penser, la misandrie se manifeste principalement comme une forme d'évitement : les personnes misandres cherchent à éviter les contacts avec les hommes et à privilégier les rapports avec les personnes sexisées. Est-ce donc vraiment l'opposé de la misogynie ?
Contrairement à ce que la définition du dictionnaire laisse penser, la misandrie se manifeste principalement comme une forme d'évitement : les personnes misandres cherchent à éviter les contacts avec les hommes et à privilégier les rapports avec les personnes sexisées. Est-ce donc vraiment l'opposé de la misogynie ?
Une question d'histoire
Tout d'abord, c'est une question d'histoire. Au delà du fait que les femmes n'ont pu accéder aux droits civiques qu'au XXème siècle, elles ont surtout toujours été considérées comme inférieures. Tout au long de notre Histoire, les philosophes, penseurs et psychanalystes reconnus internationalement nous le rappellent :
- "ceux des mâles qui étaient couards et avaient mal vécu se sont […] transmués en femelles" , "Dans l’espèce humaine l’homme est plus parfait que la femme. La cause de cette supériorité est la surabondance du chaud."
- "[L] e mâle, à moins qu'il ne soit constitué à certains égards contraire à la nature, est par nature plus expert à diriger que la femelle.", "[L] a relation de l'homme à la femme est par nature une relation de supérieur à inférieur et de dirigeant à gouverné." (Aristote , Politique)
- "La femelle est plus imparfaite que le mâle par une première raison capitale, c’est qu’elle est plus froide." (Hippocrate)
- "Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d'intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes filles aspirant à le devenir, et que l'on formerait non à l'arrogance, mais au travail et à la soumission" (Arthur Schopenhauer, Essai sur les femmes)
- "C'est pourquoi les femmes sont plus compatissantes et plus facilement faites pour pleurer, plus jalouses et querelleuses, plus friandes de balustrade et plus controversées." (Aristote, Histoire des animaux)
- "La fille se sent gravement lésée, exprime souvent qu'elle voudrait “avoir aussi quelque chose comme ça” et succombe alors à l'envie de pénis [...]" (Freud, XV 134 ; XIX 208)
- "J’estime que le fait indubitable de l’infériorité intellectuelle de tant de femmes doit être ramené à l’inhibition de pensée qu’exige la répression sexuelle" (Freud, VII 162 ; VIII 214)
- "Si j'avais voulu organiser mes affirmations d'après les indications des femmes de chambre, il n'en serait sorti que des cas négatifs. [...] ; on ne peut rien apprendre de leur cas" (lettre de Freud à Jung)
- "Un garçon parle généralement plus tard qu’une fille. On le sait. Les filles ont généralement la langue bien pendue, parce que, justement, elles n’ont pas de zizi. Il faut bien qu’on les remarque par autre chose" (Dolto, Lorsque l’enfant paraît)
- "le type authentique de femme n’aime pas les hommes, mais s’est arrêté en général au stade du narcissisme." (Société psychanalytique de Vienne, Freud)
- "À la vanité corporelle de la femme participe encore l'action de l'envie de pénis, étant donné qu'il lui faut tenir en d'autant plus haute estime ses attraits, en dédommagement tardif pour son infériorité sexuelle originelle" (Freud, XV 142 ; XIX 216)
- "Par le mariage la femme devient libre, par lui, l’homme perd sa liberté" (Kant)
- "Les femmes se partagent en femmes trompées et en femmes trompeuses" (Schopenhauer )
Ces quelques exemples nous rappellent que l'Histoire n'a pas été tendre avec les femmes, traitées et considérées comme inférieures durant des siècles. La misogynie a une histoire, histoire dont elle est indissociable. Les mots sont chargés d'Histoire et ne peuvent être utilisés à la légère : le terme "n*gre" (aussi appelé le n-word) est un terme renvoyant à l'esclavage dont furent victimes certaines populations d'Afrique, dont le sens est aujourd'hui extrêmement péjoratif car servant à traiter une personne racisée d'esclave. Il en va de même pour le terme allemand judensau (littéralement : « Truie des Juifs »), utilisé pour dénigrer les populations juives lors de caricatures qui furent ensuite utilisées pour justifier l'Holocauste par le régime nazi. La misogynie est un mot chargé d'Histoire, de siècles de viols, de meurtres et de rabaissement des femmes. Comparer donc la misogynie, une discrimination inscrite dans des millénaires d'Histoire, et la misandrie, un phénomène isolé extrêmement récent, c'est faire une grave faute historique.
Une origine différente
Lorsqu'on étudie un phénomène en sociologie, on cherche à comprendre ses origines. Celle de la misogynie est extrêmement compliquée à retracer, car elle s'emmêle à travers l'Histoire. Elle se base cependant sur une théorie soit disant scientifique, selon laquelle les femmes seraient génétiquement inférieures (plus faibles, moins intelligentes, moins bonnes en mathématiques, moins bonnes au volant...). Lorsque quelqu'un fait une remarque misogyne, il contribue à renforcer ce système de croyances encore bien ancré dans notre société.
Cependant, l'origine de la misandrie est toute autre. Cette "aversion pour le sexe masculin" n'est pas due à la croyance de leur infériorité, mais à la peur. Toutes les femmes ont déjà vécu une situation sexiste ou misogyne, allant du harcèlement de rue jusqu'au viol. Sachant que 86% des femmes françaises auraient subi des violence sexuelles (viols, tentatives de viol, attouchements du sexe, des seins ou des fesses, baisers imposés par la force, pelotage, harcèlement...) d'après une enquête IFOP pour la fondation Jean-Jaurès de 2018, plus de huit femme sur dix ont des raisons plus que valables de se méfier des hommes. Et lorsque ces violences ont été répétées, cette méfiance se mue peu à peu en colère, qui peut alors mener ces femmes à repousser les hommes de leur vie, afin de réduire les risques
Cependant, l'origine de la misandrie est toute autre. Cette "aversion pour le sexe masculin" n'est pas due à la croyance de leur infériorité, mais à la peur. Toutes les femmes ont déjà vécu une situation sexiste ou misogyne, allant du harcèlement de rue jusqu'au viol. Sachant que 86% des femmes françaises auraient subi des violence sexuelles (viols, tentatives de viol, attouchements du sexe, des seins ou des fesses, baisers imposés par la force, pelotage, harcèlement...) d'après une enquête IFOP pour la fondation Jean-Jaurès de 2018, plus de huit femme sur dix ont des raisons plus que valables de se méfier des hommes. Et lorsque ces violences ont été répétées, cette méfiance se mue peu à peu en colère, qui peut alors mener ces femmes à repousser les hommes de leur vie, afin de réduire les risques
"Mais pas tous les hommes !"
* souffle *
Honnêtement, ce genre de remarque est épuisante. Il y aura un post entier sur le not-all-men, mais voilà quelques petites précisions :
Oui, pas tous les hommes. Et heureusement, c'est pas exploit de n'avoir jamais agressé personne. Maintenant qu'on s'est mis.e d'accord, comment reconnaît-on les agresseurs ? Non, ce n'est pas marqué sur leur visage. Non, ils n'ont pas d'origine / religion / couleur de peau / statut social particulier. Oui, ils peuvent être célèbres, aimés, décrits par tous comme des gens attentionnés et gentil. Quand on sait que 91% des victimes de viol connaissaient leur agresseur, comment savoir de qui se méfier ? Le violeur peut être le conjoint, le père, le frère, le meilleur ami, l'ami...
Oui, pas tous les hommes. Et heureusement, c'est pas exploit de n'avoir jamais agressé personne. Maintenant qu'on s'est mis.e d'accord, comment reconnaît-on les agresseurs ? Non, ce n'est pas marqué sur leur visage. Non, ils n'ont pas d'origine / religion / couleur de peau / statut social particulier. Oui, ils peuvent être célèbres, aimés, décrits par tous comme des gens attentionnés et gentil. Quand on sait que 91% des victimes de viol connaissaient leur agresseur, comment savoir de qui se méfier ? Le violeur peut être le conjoint, le père, le frère, le meilleur ami, l'ami...
Alors on se méfie de tout le monde.
En même temps, c'est ce qu'on enseigne aux jeunes filles et personnes sexisées depuis l'enfance, non ? "Envoie moi un message quand tu es rentré.e", "Ne rentre pas seul.e le soir", "Tu prends les transports donc change cette jupe", "Ne laisse jamais traîner ton verre en soirée"... Depuis toujours on nous a élevé.e.s dans la peur des hommes, et lorsque, lassé.e.s d'avoir peur, nous décidons de limiter nos contacts avec les hommes, on hurle au scandale ?
La misandrie c'est une façon de ne plus subir le patriarcat, et de devenir acteur.ice de ses relations. La misandrie, c'est refuser de subir la peur quotidienne, l'angoisse permanente, et d'agir pour limiter l'impact de cette angoisse sur sa vie.
Et quel est l'impact de cette misandrie sur la vie des hommes ?
La misandrie c'est une façon de ne plus subir le patriarcat, et de devenir acteur.ice de ses relations. La misandrie, c'est refuser de subir la peur quotidienne, l'angoisse permanente, et d'agir pour limiter l'impact de cette angoisse sur sa vie.
Et quel est l'impact de cette misandrie sur la vie des hommes ?
Un impact différent
La misogynie impacte la vie de toutes les femmes du monde, chaque jour. La peur constante dans la rue, se priver de porter certaines tenues, éviter les transports en commun, refuser une soirée parce qu'on devra rentrer tard, subir les remarques condescendantes d'un chef ou d'un prof, une agression, un viol... La misogynie tue. On parle des féminicides, mais pousser quelqu'un au suicide, c'est aussi une forme de meurtre... Sans parler des attentats contre les femmes (voir : masculinisme)
Maintenant, quel est l'impact de la misandrie sur la vie des hommes ?
Eh bien... Il est minime. Tellement minime que, alors que toutes les femmes sont capables de citer un souvenir où elles ont été victimes de misogynie, je ne connais aucun homme capable de citer un acte de misandrie dont il aurait été victime. Car la misandrie, c'est le fait de chercher à limiter ses relations avec les hommes, donc par définition les hommes ne peuvent la subir puisque les personnes misandres cherchent à les éviter. La seule victime de misandrie, c'est l'égo masculin qui ne supporte pas qu'on puisse vouloir vivre sans hommes. Lorsque j'étais enfant, beaucoup de filles préféraient jouer avec les garçons, car "les filles ça fait trop d'histoire, les garçons sont moins compliqués et moins méchants". Je n'ai jamais été outrée, je ne l'ai jamais pris personnellement en allant demander à ces personnes pourquoi elles préféraient jouer avec des garçons plutôt qu'avec moi (alors que cette remarque est un puit de sexisme). Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas comprendre qu'on n'a pas forcément besoin d'eux dans nos vies ?
Maintenant, quel est l'impact de la misandrie sur la vie des hommes ?
Eh bien... Il est minime. Tellement minime que, alors que toutes les femmes sont capables de citer un souvenir où elles ont été victimes de misogynie, je ne connais aucun homme capable de citer un acte de misandrie dont il aurait été victime. Car la misandrie, c'est le fait de chercher à limiter ses relations avec les hommes, donc par définition les hommes ne peuvent la subir puisque les personnes misandres cherchent à les éviter. La seule victime de misandrie, c'est l'égo masculin qui ne supporte pas qu'on puisse vouloir vivre sans hommes. Lorsque j'étais enfant, beaucoup de filles préféraient jouer avec les garçons, car "les filles ça fait trop d'histoire, les garçons sont moins compliqués et moins méchants". Je n'ai jamais été outrée, je ne l'ai jamais pris personnellement en allant demander à ces personnes pourquoi elles préféraient jouer avec des garçons plutôt qu'avec moi (alors que cette remarque est un puit de sexisme). Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas comprendre qu'on n'a pas forcément besoin d'eux dans nos vies ?
Conclusion
Tout ceci est à relativiser. Afin de rendre le propos plus clair, ce dernier est évidemment très simplifié : je ne connais personne, même la personne la plus misandre qui soit, qui ait réussi à retirer tous les hommes de sa vie. On a toustes un père, un frère, un ami, un petit ami ou un collègue que l'on aime et avec qui on apprécie passer du temps.
Personnellement, je pratique la misandrie comme une forme de sororité : je valorise le plus possible mes relations avec des femmes ou personnes sexisées, j'essaie de venir à bout de la "rivalité féminine", et je ne prends plus la peine d'être polie avec les lourdingues dans la rue.
C'est ok de préférer relationner avec des femmes ou personnes sexisées. C'est ok de chercher à limiter ses contacts avec les hommes. C'est ok d'apprécier les contacts avec les hommes. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre son féminisme sur ce sujet, l'important c'est de se préserver et d'être en accord avec soi-même.
Personnellement, je pratique la misandrie comme une forme de sororité : je valorise le plus possible mes relations avec des femmes ou personnes sexisées, j'essaie de venir à bout de la "rivalité féminine", et je ne prends plus la peine d'être polie avec les lourdingues dans la rue.
C'est ok de préférer relationner avec des femmes ou personnes sexisées. C'est ok de chercher à limiter ses contacts avec les hommes. C'est ok d'apprécier les contacts avec les hommes. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre son féminisme sur ce sujet, l'important c'est de se préserver et d'être en accord avec soi-même.
Sources
- « Les philosophes et la guerre des sexes ». LExpress.fr, 14 août 2009
- lecture, Humeur·5 min de. « Quand Aristote invente le mythe scientifique du sexe faible ». Magazine I Arkhê, 19 juin 2019
- « Qu’ont dit Platon et Aristote sur les femmes? » Qu’ont dit Platon et Aristote sur les femmes?, 22 juin 2019
- « 86% des Françaises victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue : un chiffre “absolument terrifiant” ». Franceinfo, 19 novembre 2018
- Enquête « VIRAGE », INED, 2016 : l'enquête est très binaire, c'est pour ça que le terme utilisé est "femme", bien entendu toutes les personnes sexisées sont comprises dans mon propos
- Rapport d'information de Sophie Auconie et Marie-Pierre Rixain, février 2018 ; le mot agresseur est mis au masculin, puisque lorsqu'il s'agit de viols commis sur des personnes sexisées, l'extrême majorité des violeur.euse.s sont des hommes