Résumé
On distingue généralement trois vagues dans le féminisme :
- Première vague (fin XIXème - début XXème) : reconnaissance des droits civiques
- Deuxième vague (1960 - 1980) : droits liés à la procréation et à l'égalité sociale
- Troisième vague (1980 - ?) : critique de l'universalisme de la deuxième vague, émergence de la notion de genre et d'intersectionnalité, création de nombreux courants féministes (libération sexuelle, abolition du patriarcat, questionnement du capitalisme...)
I. L'origine du terme
Terme médical utilisé autrefois pour qualifier les hommes d'apparence féminine, le mot "féministe" tel qu'on l'entend apparaît pour la première fois en 1872 sous la plume d'Alexandre Dumas fils pour caractériser les femmes revendiquant l'égalité entre les sexes.
Aujourd'hui le terme désigne un mouvement visant à abolir le patriarcat et à rétablir une égalité et une équité entre tous les genres.
Aujourd'hui le terme désigne un mouvement visant à abolir le patriarcat et à rétablir une égalité et une équité entre tous les genres.
II. L'origine du mouvement
Dès le Moyen âge des auteurs critiquent la place accordée à la femme dans la société ; on trouve même la trace de Communautés telles que les Béguines, des femmes refusant le mariage et la vie religieuse qui se regroupent pour vivre selon leurs envies au XIVème siècle. Durant la Révolution française se met en place le premier militantisme féministe : au moyen de cahiers de doléances, de pétitions et de clubs politiques les femmes manifestent leur désir d'appartenir à la nouvelle société émergente ; La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d'Olympe de Gouges en est l'héritage le plus connu.
C'est cependant à partir de 1830 que les femmes se présentent réellement comme un groupe de sujets politiques. L'émergence des mouvements utopistes permet aux femmes de dénoncer l'asservissement dont elles sont victimes pour demander leur émancipation.
En 1948 les femmes participent activement à la révolution, créant même un quotidien féministe, La Voix des Femmes. Les militantes seront cependant reléguées au second plan, derrière leurs compatriotes masculins. Plusieurs auteurs et autrices défendent l'égalité entre les sexes et le droit de vote des femmes, dont John Stuart Mill dans De l'assujettissement des femmes.
C'est cependant à partir de 1830 que les femmes se présentent réellement comme un groupe de sujets politiques. L'émergence des mouvements utopistes permet aux femmes de dénoncer l'asservissement dont elles sont victimes pour demander leur émancipation.
En 1948 les femmes participent activement à la révolution, créant même un quotidien féministe, La Voix des Femmes. Les militantes seront cependant reléguées au second plan, derrière leurs compatriotes masculins. Plusieurs auteurs et autrices défendent l'égalité entre les sexes et le droit de vote des femmes, dont John Stuart Mill dans De l'assujettissement des femmes.
III. La première vague (fin XIXème - début XXème)
La première vague féministe a pour objectif de lutter pour la reconnaissance des droits civiques des femmes. Ces mouvements sont cependant principalement occidentaux et centrés sur les femmes blanches issues de milieux aisés.
En France cette période se caractérise par la publication de nombreux écrits féministes et l'émergence du féminisme socialiste, mais mène à peu d'avancées concrètes. En revanche, en Angleterre le mouvement des suffragettes fait grand bruit et permet l'obtention du droit de vote en 1918. Pour faire entendre leurs revendications certaines militantes n'hésitent pas à utiliser la violence, allant même jusqu'à poser des bombes dans les stades.
A l'internationale les femmes s'organisent : en 1888 naît le Conseil International des Femmes aux USA, dont des branches sont créés au Canada (1893), en Allemagne (1894) et en France (1901). En Russie les féministes s'organisent en partis politiques, et l'Union féminine défend les droits des femmes. Le 8 mars 1917 débute une grève générale qui aboutira en juillet à l'adoption d'une loi garantissant aux femmes le droit de vote et l'égalité au travail et dans l'éducation.
Aux USA, la National Woman's Suffrage Association et l'American Woman Suffrage Association revendiquent le droit de vote féminin et mènent 480 campagnes pour obtenir l'organisation de référendums locaux, donc 2/17 aboutissent à une victoire. Il faudra attendre 1920 pour que le XIXème amendement garantisse le droit de vote aux femmes.
En France cette période se caractérise par la publication de nombreux écrits féministes et l'émergence du féminisme socialiste, mais mène à peu d'avancées concrètes. En revanche, en Angleterre le mouvement des suffragettes fait grand bruit et permet l'obtention du droit de vote en 1918. Pour faire entendre leurs revendications certaines militantes n'hésitent pas à utiliser la violence, allant même jusqu'à poser des bombes dans les stades.
A l'internationale les femmes s'organisent : en 1888 naît le Conseil International des Femmes aux USA, dont des branches sont créés au Canada (1893), en Allemagne (1894) et en France (1901). En Russie les féministes s'organisent en partis politiques, et l'Union féminine défend les droits des femmes. Le 8 mars 1917 débute une grève générale qui aboutira en juillet à l'adoption d'une loi garantissant aux femmes le droit de vote et l'égalité au travail et dans l'éducation.
Aux USA, la National Woman's Suffrage Association et l'American Woman Suffrage Association revendiquent le droit de vote féminin et mènent 480 campagnes pour obtenir l'organisation de référendums locaux, donc 2/17 aboutissent à une victoire. Il faudra attendre 1920 pour que le XIXème amendement garantisse le droit de vote aux femmes.
IV. La deuxième vague (1960-1980)
L'après Première Guerre mondiale marque un retour en arrière dans les mœurs, caractérisé par le retour de la femme au foyer et confinée à son rôle reproductif dans l'objectif de repeupler l'Europe. Cependant à partir de 1970 les revendications pour les droits liés à la procréation et l'égalité sociale reprennent. En France, Simone de Beauvoir dans son livre Le deuxième sexe (1949) dénonce le déterminisme biologique qui place la femme comme "l'autre" face au masculin. Sa pensée existentialiste et l'influence du mouvement Women's Lib anglo-saxon (mouvement de libération des femmes) permettent la formation de groupes féministes dès les années 1960. Le 26 août 1970 des femmes (dont Christiane Rochefort et Monique Wittig) tentent de déposer des fleurs sous l'arc de triomphe en hommage à la femme du soldat inconnu, marquant la création du Mouvement de libération des femmes (MLF).
Aux USA, The Feminine Mystique Betty Friedan et le rapport sur l'égalité des sexes de la Commission sur le Statut des Femmes conduit à la création de groupes féministes permettent l'acquisition de l'égalité légale des salaires, la dépénalisation de la contraception, la désignation de l'illégalité du viol conjugal...
Le 11 octobre 1972 se tient le célèbre procès de Bobigny, dans lequel Marie-Claire Chevalier, une jeune fille mineure, est jugée pour un avortement pratiqué à la suite d'un viol. Arrêté pour un vol de voiture, le violeur de la jeune fille dénonce l'avortement, et Marie-Claire Chevalier, sa mère et des femmes impliquées dans l'intervention sont donc inculpées. L'avocate Gisèle Halimi défend les accusées, et Marie-Claire est relaxée, le juge concluant qu'elle a avorté sous la contrainte maternelle (ce qu'elle dément). De nombreuses personnalités viennent défendre les accusées (Jean Rostand, Jacques Monod, François Jacob, Aimé Césaire, Simone de Beauvoir, Paul Milliez...). Le procès devient un symbole, celui du droit des femmes à disposer de leur corps. Le 5 avril 1971 paraît dans le Nouvel Observateur le "Manifeste des 343", une pétition rédigée par Simone de Beauvoir appelant à la légalisation de l'avortement et signée par 343 françaises ayant eu recours à cette intervention (s'exposant ainsi à des poursuites pénales). Le texte fait grand bruit, et est aujourd'hui connu sous le nom du "Manifeste des 343 salopes", suite à la une du Charlie Hebdo « Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l'avortement ? ».
Ces événements, ainsi que la mobilisation du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, permettent l'adoption de la loi Veil dépénalisant l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en janvier 1975.
Le 8 mars 1976, un « Tribunal international des crimes contre les femmes » est organisé à Bruxelles. Là, plus de 2 000 femmes témoignent et parlent de l'inceste, de l'excision... Le féminisme occidental semble homogène, pourtant certaines femmes se sentent laissées pour compte : les femmes racisées prennent la parole pour dénoncer les oppressions cumulées qu'elles subissent (racisme et sexisme) et le black feminism fait son apparition, préparant l'émergence de l'intersectionnalité.
Aux USA, The Feminine Mystique Betty Friedan et le rapport sur l'égalité des sexes de la Commission sur le Statut des Femmes conduit à la création de groupes féministes permettent l'acquisition de l'égalité légale des salaires, la dépénalisation de la contraception, la désignation de l'illégalité du viol conjugal...
Le 11 octobre 1972 se tient le célèbre procès de Bobigny, dans lequel Marie-Claire Chevalier, une jeune fille mineure, est jugée pour un avortement pratiqué à la suite d'un viol. Arrêté pour un vol de voiture, le violeur de la jeune fille dénonce l'avortement, et Marie-Claire Chevalier, sa mère et des femmes impliquées dans l'intervention sont donc inculpées. L'avocate Gisèle Halimi défend les accusées, et Marie-Claire est relaxée, le juge concluant qu'elle a avorté sous la contrainte maternelle (ce qu'elle dément). De nombreuses personnalités viennent défendre les accusées (Jean Rostand, Jacques Monod, François Jacob, Aimé Césaire, Simone de Beauvoir, Paul Milliez...). Le procès devient un symbole, celui du droit des femmes à disposer de leur corps. Le 5 avril 1971 paraît dans le Nouvel Observateur le "Manifeste des 343", une pétition rédigée par Simone de Beauvoir appelant à la légalisation de l'avortement et signée par 343 françaises ayant eu recours à cette intervention (s'exposant ainsi à des poursuites pénales). Le texte fait grand bruit, et est aujourd'hui connu sous le nom du "Manifeste des 343 salopes", suite à la une du Charlie Hebdo « Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l'avortement ? ».
Ces événements, ainsi que la mobilisation du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, permettent l'adoption de la loi Veil dépénalisant l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en janvier 1975.
Le 8 mars 1976, un « Tribunal international des crimes contre les femmes » est organisé à Bruxelles. Là, plus de 2 000 femmes témoignent et parlent de l'inceste, de l'excision... Le féminisme occidental semble homogène, pourtant certaines femmes se sentent laissées pour compte : les femmes racisées prennent la parole pour dénoncer les oppressions cumulées qu'elles subissent (racisme et sexisme) et le black feminism fait son apparition, préparant l'émergence de l'intersectionnalité.
V. La troisième vague (1980- ?)
La troisième vague féministe fait face à un constat : légalement, les femmes jouissent des mêmes droits que les hommes, pourtant de nombreuses inégalités perdurent sur le terrain. De plus, les nouveaux travaux sociologiques et anthropologiques font émerger de nouvelles notions et problématiques : le genre ne serait pas aussi homogène qu'on pouvait jusqu'alors le penser, et les femmes racisées, handicapées, lesbiennes, TDS etc. cumuleraient plusieurs les discriminations, ce qui rendrait leur vécu très différent des femmes blanches, valides et aisées jusqu'alors au centre du féminisme. L'universalisme de la deuxième vague est vivement critiqué, révélant la nécessité de nouveaux modes de pensée.
De nombreux courants féministes apparaissent alors, certains en contradiction avec les autres. Comme tout mouvement social il ne peut être parfaitement homogène, et est malheureusement miné par les autres discriminations (exemple : certaines associations féministes connues pour être ouvertement transphobes). Certains mouvement dénoncent le système capitaliste et ses conséquences sociales (féminisme anticapitaliste) ou environnementales (écoféminisme), d'autres prônent l'abolition des normes genrées...
On peut cependant dégager certaines tendances : la libération sexuelle, l'affirmation de la femme en tant qu'individu, la nécessité d'une déconstruction, l'abolition du systwww.youtube.com/watch?v=fOowRp9LJ-8ème patriarcal, la place de la femme dans le système capitaliste... Le mouvement queer est intimement lié à cette troisième vague, le lesbianisme devenant un outil de lutte. Ces outils sont d'ailleurs très divers : pièces de théâtre (Les Monologues du vagin d'Eve Ensler), chansons (collectif punk et militant "riot grrrl", Balance ton quoi d'Angèle, SLT de Suzanne, Martyre de la cause de Mathilde TV...), tracts et manifestations... mais aussi les réseaux sociaux. Le cyber-féminisme est devenu le mode d'action privilégié de beaucoup, permettant de diffuser massivement des idées à un public large en un temps record. De nombreux comptes Instagram féministes émergent depuis plusieurs années, permettant la constitution de véritables communautés de féministes luttant ensemble, parfois sans même se connaître.
De nombreux courants féministes apparaissent alors, certains en contradiction avec les autres. Comme tout mouvement social il ne peut être parfaitement homogène, et est malheureusement miné par les autres discriminations (exemple : certaines associations féministes connues pour être ouvertement transphobes). Certains mouvement dénoncent le système capitaliste et ses conséquences sociales (féminisme anticapitaliste) ou environnementales (écoféminisme), d'autres prônent l'abolition des normes genrées...
On peut cependant dégager certaines tendances : la libération sexuelle, l'affirmation de la femme en tant qu'individu, la nécessité d'une déconstruction, l'abolition du systwww.youtube.com/watch?v=fOowRp9LJ-8ème patriarcal, la place de la femme dans le système capitaliste... Le mouvement queer est intimement lié à cette troisième vague, le lesbianisme devenant un outil de lutte. Ces outils sont d'ailleurs très divers : pièces de théâtre (Les Monologues du vagin d'Eve Ensler), chansons (collectif punk et militant "riot grrrl", Balance ton quoi d'Angèle, SLT de Suzanne, Martyre de la cause de Mathilde TV...), tracts et manifestations... mais aussi les réseaux sociaux. Le cyber-féminisme est devenu le mode d'action privilégié de beaucoup, permettant de diffuser massivement des idées à un public large en un temps record. De nombreux comptes Instagram féministes émergent depuis plusieurs années, permettant la constitution de véritables communautés de féministes luttant ensemble, parfois sans même se connaître.
Le féminisme est toujours en construction, il évolue avec la société. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui d’égalité entre les hommes et les femmes, mais d’abolition de toutes les discriminations genrées et du patriarcat
Sources
*enquête de l'Institut national d'études démographiques, 2015
pour aller plus loin sur le travail du sexe : https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2010-3-page-425.htm
- Universalis, Encyclopædia. « FÉMINISME - Histoire du féminisme ». Encyclopædia Universalis
- « Paris, 1310 : les béguines, une communauté de femmes subversives et féministes ». France Culture, 1 avril 2019
- https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02053657/document
- https://www.oxfamfrance.org/inegalites-femmes-hommes/le-feminisme-a-travers-ses- mouvements-et-combats-dans-lhistoire/
- « Histoire du féminisme ». Wikipédia
- 20 moments marquants de l’histoire du féminisme, gazette des femmes
- « Procès de Bobigny ». Wikipédia
- « Manifeste des 343 ». Wikipédia
pour aller plus loin sur le travail du sexe : https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2010-3-page-425.htm