et les hommes alors ?!
Chaque fois qu'une femme prend la parole sur les violences qu'elle a subies par des hommes, ou qu'une avancée quelconque est obtenue pour les femmes, il y a toujours un homme dans l'assistance pour s'insurger que les hommes soient oubliés. Un exemple récent qui m'a marquée est la mobilisation autour de la statue de Molly Malone à Dublin.
La statue de Molly Malone à Dublin, conçue par Jeanne Rynhart a été érigée en 1988 en bas de Grafton Street lors du millénaire de la ville de Dublin. Cette statue commémore la chanson populaire Molly Malone, aussi appelée « Cockles and Mussels », devenu l'hymne officieux de la ville de Berlin. Cette statue est aussi appelée « The Tart with the Cart » (la prostituée à la charrette) à cause de sa poitrine généreuse, qui est régulièrement touchée par des touristes. Depuis plusieurs années les touristes ont pris l'habitude de frotter la poitrine de Molly, pratique qui porterait chance ; cette tradition aurait en réalité été introduite par un guide touristique en 2012. La couche protectrice du bronze a disparu à cause de ce frottement régulier, révélant la pratique au grand jour par le scintillement du bronze en dessous.
Récemment (avril 2025) la mairie de Dublin a décidé d'engager des stewards pour la protéger de cette pratique, suite à une importante mobilisation des habitants et de collectifs féministes (notamment par le #leavemollymalone).
Récemment (avril 2025) la mairie de Dublin a décidé d'engager des stewards pour la protéger de cette pratique, suite à une importante mobilisation des habitants et de collectifs féministes (notamment par le #leavemollymalone).
A l'annonce de la mesure (encore à titre expérimental) on a vu partout sur les réseaux sociaux des hommes s'insurger d'un gaspillage de ressources, mais aussi en évoquant la tombe de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise.
Bon. Personnellement ce genre de commentaires me fait souffler.
Le gisant de bronze de Victor Noir, réalisé en 1890 par Jules Dalou, subit en effet des frottement similaires depuis sa création : la bosse du pénis sur la statue est elle aussi souvent frottée à cause d'une superstition selon laquelle elle rendrait fertiles les femmes la chevauchant. Cette superstition, bien que bien plus ancienne que celle concernant Molly, pose elle aussi problème et mériterait certainement d'être interdite.
Bon. Personnellement ce genre de commentaires me fait souffler.
Le gisant de bronze de Victor Noir, réalisé en 1890 par Jules Dalou, subit en effet des frottement similaires depuis sa création : la bosse du pénis sur la statue est elle aussi souvent frottée à cause d'une superstition selon laquelle elle rendrait fertiles les femmes la chevauchant. Cette superstition, bien que bien plus ancienne que celle concernant Molly, pose elle aussi problème et mériterait certainement d'être interdite.
Mais
Car oui, j'ajoute un "mais". Je n'ai jamais entendu parler ni de près ni de loin d'un quelconque mouvement masculin visant à protéger la statue de Victor Noir, je n'ai d'ailleurs jamais entendu un homme parler de ce gisant autrement que pour contredire une femme évoquant une statue féminine attouchée (comme celle de Dalida à Montmartre par exemple).
Les hommes cisgenres et hétérosexuels, grands absents du militantisme
Encore une fois, lorsqu'il s'agit de violences sexuelles, les hommes s'inquiètent des autres hommes uniquement lorsqu'il s'agit de diminuer ou dédramatiser les violences subies par les femmes. Il y a deux explications possibles à ce fait :
- les hommes n'ont pas d'espaces de parole : la libération de la parole sur les violences sexuelles s'est notamment faite par la création d'espaces de parole safe (= sécurisants et sécurisés) pour les femmes et personnes sexisées victimes de violences. Ces espaces, souvent en non mixité, permettent peu aux hommes de s'exprimer puisqu'ils sont quasi exclusivement mis en place par des femmes ou personnes sexisées. Les seuls espaces de parole exclusivement masculins qui se sont développés sont le plus souvent des espaces misogynes prônant la haine des femmes plutôt que la libération de la parole masculine, comme c'est le cas dans les milieux masculinistes.
Mais dans ce cas la solution est de créer des espaces de libération de la parole masculine, pas d'empiéter sur les espaces créés pour et par des femmes... - Les hommes qui évoquent les souffrances masculines se moquent globalement des souffrances masculines et ne cherchent qu'à décrédibiliser les souffrances des femmes.