Un peu de contexte
Le #NotAllMen (traduisez : "pas tous les hommes") est un hashtag apparut sur Twitter en 2007 en réaction au mouvement #YesAllWomen ("toutes les femmes") et #MeToo. Pour ceux du fond qui ne s'en souviendraient plus, ce mouvement avait pour objectif de libérer la parole des victimes de violences sexuelles sous un hashtag commun, "moi aussi", sous entendant "moi aussi j'ai été victime". Sous ce hashtag on pouvait donc retrouver des dizaines de milliers de témoignages de victimes de violences sexistes et sexuelles (VSS), qui s'avéraient pour la plupart être des femmes ayant été agressées par des hommes.
Quelques chiffres...
Le fait que les femmes soient plus souvent victimes et les hommes plus souvent agresseurs n'est pas une chose nouvelle : c'est une dynamique qui s'observe globalement dans les études réalisées sur le sujet depuis des années (96,3% des violeurs seraient des hommes et 91,2% des victimes de viols seraient des femmes).
Ces chiffres s'expliquent pas de nombreux facteurs, notamment par l'éducation que reçoivent les jeunes garçons et les jeunes filles dans notre société patriarcale : depuis l'enfance on enseigne aux hommes que les femmes sont un objet de convoitise, si ce n'est une chose qu'il faudrait posséder. La culture du viol présente dans notre société est aussi une chose à prendre en compte, car elle influence la façon dont nous envisageons les rapports hommes / femmes.
PS : Cet article est assez binaire et ne prend pas en compte la multiplicité des identités de genre, car les études réalisées en France ne prennent pas ces facteurs en compte.
Ces chiffres s'expliquent pas de nombreux facteurs, notamment par l'éducation que reçoivent les jeunes garçons et les jeunes filles dans notre société patriarcale : depuis l'enfance on enseigne aux hommes que les femmes sont un objet de convoitise, si ce n'est une chose qu'il faudrait posséder. La culture du viol présente dans notre société est aussi une chose à prendre en compte, car elle influence la façon dont nous envisageons les rapports hommes / femmes.
PS : Cet article est assez binaire et ne prend pas en compte la multiplicité des identités de genre, car les études réalisées en France ne prennent pas ces facteurs en compte.
L'apparition du #notallmen
Comme nous l'avons vu, le mouvement #MeToo avait pour objectif de libérer la parole des victimes de VSS, et non pas d'accuser de viol tous les hommes.
Cependant, de nombreux hommes n'ont pas pu s'empêcher de ramener le mouvement à eux, jugeant qu'il était accusateur et stigmatisant pour les hommes. En réaction est donc apparu le #NotAllMen (traduisez : pas tous les hommes). Le but de ce hashtag est, pour les hommes qui pensent n'avoir pas commis de violences sexuelles, de se désolidariser des agresseurs, en demandant aux victimes de ne pas tous les mettre dans le même sac.
Le soucis, c'est que les agresseurs ne sont pas tous des sombres inconnus croisés dans une ruelle sombre, bien au contraire : selon un rapport publié en 2018, 91% des victimes de viol connaissait leur agresseur. Autrement dit, plus de 9 victimes de viol sur 10 ont été violée par quelqu'un qu'iels connaissaient, et en qui iels avaient vraisemblablement confiance.
Alors comment reconnaître un agresseur ? Comment savoir qui va nous détruire ?
Le seul éventuel point commun entre tous, c'est que ce sont pour la plupart des hommes. Pas tous c'est vrai, de même que 8,8% des victimes de viol ne sont pas des femmes. Mais lorsqu'une amie rentre seule la nuit et que vous lui demandez d'envoyer un message pour confirmer qu'elle est bien rentrée, de qui doit-elle se méfier ? Lorsque vous dîtes à vos filles de ne pas trop boire en soirée, à cause de qui doivent-elles rester sobres ?
On sait toustes qu'en tant que femme on doit se méfier des hommes. Il y a une phrase assez connue qui dit "lorsqu'un homme est dans une pièce remplie de femmes, il est aux anges, mais que lorsqu'une femme est dans une pièce remplie d'hommes, elle est terrifiée". Ce genre de double-standard est mis en avant pas le slogan #MenAreTrash qui est apparu en réponse au fameux #NotAllMen (et qui sera le sujet d'un prochain article)
Cependant, de nombreux hommes n'ont pas pu s'empêcher de ramener le mouvement à eux, jugeant qu'il était accusateur et stigmatisant pour les hommes. En réaction est donc apparu le #NotAllMen (traduisez : pas tous les hommes). Le but de ce hashtag est, pour les hommes qui pensent n'avoir pas commis de violences sexuelles, de se désolidariser des agresseurs, en demandant aux victimes de ne pas tous les mettre dans le même sac.
Le soucis, c'est que les agresseurs ne sont pas tous des sombres inconnus croisés dans une ruelle sombre, bien au contraire : selon un rapport publié en 2018, 91% des victimes de viol connaissait leur agresseur. Autrement dit, plus de 9 victimes de viol sur 10 ont été violée par quelqu'un qu'iels connaissaient, et en qui iels avaient vraisemblablement confiance.
Alors comment reconnaître un agresseur ? Comment savoir qui va nous détruire ?
Le seul éventuel point commun entre tous, c'est que ce sont pour la plupart des hommes. Pas tous c'est vrai, de même que 8,8% des victimes de viol ne sont pas des femmes. Mais lorsqu'une amie rentre seule la nuit et que vous lui demandez d'envoyer un message pour confirmer qu'elle est bien rentrée, de qui doit-elle se méfier ? Lorsque vous dîtes à vos filles de ne pas trop boire en soirée, à cause de qui doivent-elles rester sobres ?
On sait toustes qu'en tant que femme on doit se méfier des hommes. Il y a une phrase assez connue qui dit "lorsqu'un homme est dans une pièce remplie de femmes, il est aux anges, mais que lorsqu'une femme est dans une pièce remplie d'hommes, elle est terrifiée". Ce genre de double-standard est mis en avant pas le slogan #MenAreTrash qui est apparu en réponse au fameux #NotAllMen (et qui sera le sujet d'un prochain article)
En quoi est-ce problématique ?
Déjà, ce hashtag est complètement inutile. Les victimes et les femmes en général sont tout-à-fait conscient.e que tous les hommes ne sont pas des agresseurs en puissance, mais pour autant iels sont aussi tout-à-fait conscient.e qu'iels doivent se méfier des hommes. En tant que femmes nous sommes habituées depuis l'enfance à nous méfier des hommes, et bien souvent nos vécus personnels viennent s'ajouter à cette méfiance. Commenter #NotAllMen sous la publication d'une victime racontant son traumatisme n'a donc strictement aucun intérêt, puisqu'aucune personne lisant ce message n'apprendra quelque chose.
En revanche, ce genre de commentaire tend à détourner le débat du véritable problème ; parler des violences qu'elles ont subi est déjà une épreuve difficile pour les victimes, mais c'est primordial puisque c'est grâce à des mouvements de libération de la parole tels que #MeToo ou #BalanceTonPorc que l'opinion publique a saisi l'ampleur de ces violences. Cependant, lorsqu'un homme commente "pas tous les hommes" (sous entendu "moi je ne suis pas comme ça"), il ramène le sujet à lui. Sauf qu'en vrai...
En revanche, ce genre de commentaire tend à détourner le débat du véritable problème ; parler des violences qu'elles ont subi est déjà une épreuve difficile pour les victimes, mais c'est primordial puisque c'est grâce à des mouvements de libération de la parole tels que #MeToo ou #BalanceTonPorc que l'opinion publique a saisi l'ampleur de ces violences. Cependant, lorsqu'un homme commente "pas tous les hommes" (sous entendu "moi je ne suis pas comme ça"), il ramène le sujet à lui. Sauf qu'en vrai...
Bah on s'en fout.
Là on ne parle pas des hommes, on parle d'une victime qui raconte ce qu'iel a vécu. ça ne vous viendrait pas à l'esprit de commenter "moi je n'ai jamais tué quelqu'un" sous le post d'une personne racontant le meurtre de son fils non ? Eh bien c'est pareil dans le cas des violences sexuelles.
De plus, on a l'impression que les hommes qui commentent "NotAllMen" attendent d'être félicités, comme si le fait de n'avoir jamais violé / agressé personne était digne de félicitations et d'une jolie médaille. (Parfois j'ai un peu l'impression de voir un enfant de cinq ans arborer fièrement sa brosse à dents en attendant des félicitations pour son premier brossage)
De plus, on a l'impression que les hommes qui commentent "NotAllMen" attendent d'être félicités, comme si le fait de n'avoir jamais violé / agressé personne était digne de félicitations et d'une jolie médaille. (Parfois j'ai un peu l'impression de voir un enfant de cinq ans arborer fièrement sa brosse à dents en attendant des félicitations pour son premier brossage)
Une réalité compliquée
Non, tous les hommes ne sont pas des violeurs ou des agresseurs. Mais la vérité derrière ce hashtag, c'est que cette réalité n'est pas si évidente.
Nous vivons dans une société pourrie jusqu'à la moëlle par le patriarcat, et il serait naïf de penser que cela n'a eu aucune influence sur notre éducation. Depuis l'adolescence on apprend aux garçons que leur valeur en tant qu'homme dépend du nombre de filles avec qui ils coucheront, et l'influence de cette masculinité toxique pousse parfois de nombreux garçons à insister face au refus d'une femme. Si la femme cède, est-elle consentante ?
Nous vivons dans une société pourrie jusqu'à la moëlle par le patriarcat, et il serait naïf de penser que cela n'a eu aucune influence sur notre éducation. Depuis l'adolescence on apprend aux garçons que leur valeur en tant qu'homme dépend du nombre de filles avec qui ils coucheront, et l'influence de cette masculinité toxique pousse parfois de nombreux garçons à insister face au refus d'une femme. Si la femme cède, est-elle consentante ?
NON
Une relation sexuelle sous la contrainte, qu'elle soit physique ou morale (chantage, insistance...), est considérée comme un viol, même si le violeur est le petit ami, l'amant ou l'époux. Le viol conjugal représente une part importante des viols subis chaque années, mais une part infime des viols dénoncés: s'il est déjà difficile d'aboutir à une condamnation lorsqu'on porte plainte pour viol (en 2020 seuls 0,6% des viols déclarés ont abouti à une condamnation, selon le Ministère de la Justice), je vous laisse imaginer ce qu'il en est lorsqu'on est marié.e à son violeur.
De plus, sans aller jusqu'à parler de viol, peut-on être certain de n'avoir jamais eu de comportements ou remarques déplacées ? peut-on être certain de n'avoir jamais été problématique ?
Un exemple issu de la Bible nous permet de comprendre cela facilement : Jésus, face à une femme ayant trompé son mari et condamnée à la lapidation, invite les personnes n'ayant jamais péché à lui jeter la première pierre ; aucune personne n'étant tout à fait innocente personne ne put lancer la première pierre, permettant ainsi d'épargner la jeune femme.
Le principe est globalement le même ici, la religion en moins : quel homme peut-il affirmer sans doute aucun n'avoir jamais été sexiste ?
De plus, sans aller jusqu'à parler de viol, peut-on être certain de n'avoir jamais eu de comportements ou remarques déplacées ? peut-on être certain de n'avoir jamais été problématique ?
Un exemple issu de la Bible nous permet de comprendre cela facilement : Jésus, face à une femme ayant trompé son mari et condamnée à la lapidation, invite les personnes n'ayant jamais péché à lui jeter la première pierre ; aucune personne n'étant tout à fait innocente personne ne put lancer la première pierre, permettant ainsi d'épargner la jeune femme.
Le principe est globalement le même ici, la religion en moins : quel homme peut-il affirmer sans doute aucun n'avoir jamais été sexiste ?
En vérité, aucun.
"Vous utilisez la même rhétorique que les racistes !"
Oui... Mais non.
La rhétorique de l'extrême droite qui consiste à considérer toutes les personnes racisées comme des nuisibles pour la société ne se fonde que sur des préjugés et la haine. Le racisme est un délit, puni par la loi française, pour une bonne raison : aucune étude sérieuse ne démontre une surreprésentation des personnes étrangères ou racisées dans celleux commettant des crimes.
D'après l'INSEE :
"Personnes françaises et étrangères ne sont pas mises en cause pour les mêmes faits . Les étrangers sont davantage impliqués dans les atteintes économiques et financières (46 % des mis en cause pour ce motif concernent des étrangers, contre 18 % tous motifs confondus) qui comprennent notamment les délits liés à la contrefaçon ou à la concurrence et les ventes à la sauvette, dans les vols (27 %) et dans les autres crimes et délits (25 %) où sont enregistrés les délits en lien avec la législation sur le travail, la législation sur l’entrée et le séjour sur le territoire, etc. Inversement, les Français sont davantage représentés parmi les mis en cause pour les atteintes à la famille (92 %) recouvrant par exemple les litiges nés de la garde ou du versement de la pension alimentaire des enfants, pour les destructions et dégradations (89 %) ou pour les infractions à caractère sexuel (87 %)."
Que comprendre de ce blabla ?
Si les personnes de étrangères (ATTENTION : il ne faut pas confondre personne étrangère = n'ayant pas la nationalité française, et personne racisée = personne non blanche) sont surreprésentées dans les atteintes à la loi, ce sont surtout dans des délits et crimes bien spécifiques.
Par exemple, iels constituent 100% des délits liés à la régularisation des titres de séjours (les Français.e.s n'en ayant pas besoin), et cela fausse forcément les statistiques. Iels sont aussi plus représentés dans les vols sans violence, mais principalement car ce sont aussi les personnes les plus menacées par la pauvreté (le taux de pauvreté dans les ménages immigrés atteint 38,6%, soit 27,6 points au dessus des ménages non immigrés).
Prenons d'ailleurs note que cette étude de l'INSEE indique clairement que 87% des auteurs d'infractions à caractère sexuel sont Français.e.s, juste au cas il viendrait à l'esprit de certain.e.s de penser que les viols sont commis par des étrangers. Voir l'article Qui sont les violeurs ? pour plus de détails sur ce sujet.
La rhétorique de l'extrême droite qui consiste à considérer toutes les personnes racisées comme des nuisibles pour la société ne se fonde que sur des préjugés et la haine. Le racisme est un délit, puni par la loi française, pour une bonne raison : aucune étude sérieuse ne démontre une surreprésentation des personnes étrangères ou racisées dans celleux commettant des crimes.
D'après l'INSEE :
"Personnes françaises et étrangères ne sont pas mises en cause pour les mêmes faits . Les étrangers sont davantage impliqués dans les atteintes économiques et financières (46 % des mis en cause pour ce motif concernent des étrangers, contre 18 % tous motifs confondus) qui comprennent notamment les délits liés à la contrefaçon ou à la concurrence et les ventes à la sauvette, dans les vols (27 %) et dans les autres crimes et délits (25 %) où sont enregistrés les délits en lien avec la législation sur le travail, la législation sur l’entrée et le séjour sur le territoire, etc. Inversement, les Français sont davantage représentés parmi les mis en cause pour les atteintes à la famille (92 %) recouvrant par exemple les litiges nés de la garde ou du versement de la pension alimentaire des enfants, pour les destructions et dégradations (89 %) ou pour les infractions à caractère sexuel (87 %)."
Que comprendre de ce blabla ?
Si les personnes de étrangères (ATTENTION : il ne faut pas confondre personne étrangère = n'ayant pas la nationalité française, et personne racisée = personne non blanche) sont surreprésentées dans les atteintes à la loi, ce sont surtout dans des délits et crimes bien spécifiques.
Par exemple, iels constituent 100% des délits liés à la régularisation des titres de séjours (les Français.e.s n'en ayant pas besoin), et cela fausse forcément les statistiques. Iels sont aussi plus représentés dans les vols sans violence, mais principalement car ce sont aussi les personnes les plus menacées par la pauvreté (le taux de pauvreté dans les ménages immigrés atteint 38,6%, soit 27,6 points au dessus des ménages non immigrés).
Prenons d'ailleurs note que cette étude de l'INSEE indique clairement que 87% des auteurs d'infractions à caractère sexuel sont Français.e.s, juste au cas il viendrait à l'esprit de certain.e.s de penser que les viols sont commis par des étrangers. Voir l'article Qui sont les violeurs ? pour plus de détails sur ce sujet.
Conclusion
A mon sens, le #NotAllMen est un mécanisme de défense d'hommes ayant peur de se confronter à leurs propres actes, et qui, pour se rassurer, cherche à se désolidariser à tout prix du comportement exposé. Il n'est jamais facile de réaliser que nous avons été agresseurs ou que certains de nos comportements ont pu être problématiques ; mais il est sûrement pire encore de continuer dans cette voie en refusant de faire face à ses failles.
Sources
- selon le site gouvernemental victimes de viols.fr 96,3% des violeurs sont des hommes et 91,2% des victimes de viols sont des femmes
- Rapport d'information de Sophie Auconie et Marie-Pierre Rixain, février 2018
- INSEE statistiques et études, Sécurité et société, édition 2021 / Auteurs selon la nationalité
- INSEE statistiques et études, Revenus et patrimoine des ménages, édition 2021 / Niveau de vie et pauvreté des immigrés